La marge de vos chantiers n'est pas celle que vous croyez

Vous avez fait un devis. Vous aviez mis 15 % de marge. Le chantier s'est bien passé, le client a payé, et à la fin de l'année, votre comptable vous dit que ça n'a pas rentré autant que prévu.

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Gabriel Simon
La marge de vos chantiers n'est pas celle que vous croyez
Calcul de marge réelle sur chantier BTP - déboursé sec et prix de revient

Vous avez fait un devis. Vous aviez mis 15 % de marge. Le chantier s'est bien passé, le client a payé, et à la fin de l'année, votre comptable vous dit que ça n'a pas rentré autant que prévu.

Où est passée la marge ?

Elle n'a pas disparu. Elle n'a jamais existé. Vous l'aviez calculée sur des chiffres que vous n'aviez pas mesurés. C'est le piège le plus courant du bâtiment, et il n'a rien à voir avec le fait de mal travailler.

Le calcul que presque personne ne fait en entier

Fixer un prix de chantier, ça suit une chaîne précise. La plupart des artisans en connaissent le début et sautent la fin.

On part du déboursé sec : ce que le chantier vous coûte vraiment, sans structure ni bénéfice. Main d'œuvre, matériaux, matériel loué. Rien d'autre.

On ajoute les frais généraux : tout ce qui tourne dans l'entreprise sans être sur le chantier. Le local, les assurances, le camion, le téléphone, le temps passé à faire les devis le soir. On les applique sous forme de coefficient, et on obtient le prix de revient.

On ajoute enfin la marge, et on obtient le prix de vente hors taxes.

La formule tient en une ligne :

Prix de vente HT = déboursé sec × (1 + frais généraux) × (1 + marge)

Prenons un exemple simple, chiffres ronds. Un chantier avec 40 heures de main d'œuvre à 35 € de l'heure de coût, soit 1 400 €. 900 € de matériaux. 200 € de matériel loué. Déboursé sec : 2 500 €.

Vous appliquez 20 % de frais généraux : 2 500 × 1,20 = 3 000 € de prix de revient. Puis 15 % de marge : 3 000 × 1,15 = 3 450 € HT. Vous facturez, tout va bien.

Où la marge fuit

Maintenant, la vraie vie.

Sur ce chantier, vous aviez prévu 40 heures. Mais il y a eu un aller-retour de plus pour l'approvisionnement. Une reprise parce qu'une livraison n'était pas conforme. Une demi-journée perdue à attendre. Au total, 52 heures, pas 40.

Recalculons avec les vraies heures. 52 × 35 = 1 820 € de main d'œuvre. Le déboursé sec réel monte à 2 920 €. Avec vos frais généraux, votre prix de revient réel est de 2 920 × 1,20 = 3 504 €.

Vous avez facturé 3 450 €. Votre prix de revient était de 3 504 €.

Vous n'avez pas gagné 15 %. Vous avez perdu de l'argent. Douze heures d'écart, invisibles au moment du devis, ont mangé toute votre marge et un peu plus. Et comme rien ne les a comptées, vous ne l'avez jamais su. Vous avez juste eu la vague impression que « ce chantier-là a moins rapporté ».

Comparaison entre marge prévue et marge réelle sur un chantier BTP

Les deux chiffres que vous n'avez probablement jamais calculés

Ce piège se referme toujours au même endroit : deux chiffres qu'on estime au lieu de les mesurer.

Votre vrai coefficient de frais généraux. Il ne s'invente pas, il se calcule sur vos comptes de l'année dernière : le total de vos frais généraux divisé par le total de vos déboursés. La plupart des artisans appliquent un coefficient entendu chez un collègue, ou un « fois deux » de tradition. Selon votre métier et votre structure, le vrai taux se situe souvent entre 15 et 30 %. Si vous appliquez 15 % alors que votre entreprise en coûte 25, vous perdez dix points sur chaque chantier sans le voir.

Vos vraies heures. Le devis dit 40 heures. La feuille de pointage dit combien ? Si vous ne comparez jamais les deux, vous ne saurez jamais lesquels de vos chantiers vous font gagner de l'argent et lesquels vous en font perdre. Vous travaillez à l'aveugle, et vous compensez en travaillant plus, ce qui est le contraire d'une solution.

Pourquoi c'est pire ici

En Guyane, l'écart entre les heures prévues et les heures réelles est structurellement plus grand qu'ailleurs. L'approvisionnement qui prend une journée au lieu d'une heure. La route coupée. La livraison qu'on attend. Le fournisseur qu'on ne joint pas à cause du décalage horaire.

Un artisan qui reprend un coefficient de frais généraux lu sur un site métropolitain sous-estime ses coûts de façon quasi certaine, parce que ce coefficient a été calculé dans un monde où le camion trouve tout au dépôt du coin. Ici, le temps improductif est plus élevé, donc les frais généraux réels le sont aussi. Copier le chiffre d'ailleurs, c'est se garantir une marge de papier.

Ce que vous pouvez faire dès le prochain chantier

Rien de tout ça ne demande un logiciel. Ça demande de mesurer trois choses.

Un, sortez votre vrai coefficient de frais généraux de votre comptabilité de l'an dernier. Une heure avec vos comptes, ou une question à votre comptable. Vous l'aurez à vie.

Deux, sur votre prochain chantier, notez les heures réelles. Pas une usine à gaz : une feuille, un carnet, les heures de chacun à la fin de la journée.

Trois, à la fin du chantier, comparez le prévu et le réel. C'est ce seul écart qui vous dira la vérité sur votre marge, chantier par chantier.

L'ordre des choses

On croit qu'il faut un meilleur logiciel de devis pour gagner de l'argent. En réalité, il faut d'abord savoir où on en perd. Et pour ça, il n'y a qu'une chose à faire : mesurer, avant de vouloir automatiser quoi que ce soit.

Un chantier ne devient rentable que le jour où on sait pourquoi le précédent ne l'était pas.

Mesurer vos vraies marges sans y passer vos soirées

Mesurer ses vraies heures et son vrai prix de revient sur chaque chantier, sans y passer ses soirées et sans devenir comptable, c'est exactement ce que je mets en place chez les entreprises que j'accompagne. Si vous voulez enfin savoir lesquels de vos chantiers vous rapportent, réservons trente minutes.

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Gabriel Simon

Gabriel Simon

Fondateur AcquiPage

J'aide les dirigeants de PME et institutions à structurer leur organisation, financer leurs projets et exploiter le numérique pour développer leur activité.